Epouses et Assassins

Epouses et Assassins

Une petite ville d’Afrique de l’Ouest …
Un sombre secret …
Et un terrible meurtre …

L’inspecteur Darko Dawson, de la police ghanéenne, est envoyé dans le village de Ketanu pour enquêter sur la mort suspecte d’une étudiante en médecine de vingt-deux ans. Pour l’inspecteur, ce voyage est un peu un retour aux sources: la sœur de sa mère vit à Ketanu, mais cela fait un quart de siècle qu’il ne s’y est pas rendu. Ces retrouvailles sont douces-amères car, vingt-cinq ans plus tôt, la mère de Darko a disparu sans laisser de traces après une visite au village.

L’action se déroule entre Ketanu et Accra, la capitale du Ghana, et le récit, habilement construit, évoque avec brio la culture et la beauté du pays.

Interview de Kwei Quartey par Philippe Lemairee, du Parisien

« La tête en Californie, le cœur au Gana » (10 avril 2010)

Ce roman-là, je l'avais repéré de loin. Un meurtre dans un village reculé, un policier de la capitale qui débarque : Epouses & assassins offrait un air familier dans un décor radicalement nouveau : le Ghana. Je n'ai pas été déçu. Dans une collection Payot Suspense qui se cherche, ce polar fidèle aux fondamentaux du genre apporte un vrai bol d'air frais. L'écriture est directe et légère, dépouillée d'artifices, l'histoire charpentée, les personnages bien typés… Un premier roman sans clichés, ni prétention : rare…

Au passage, ce livre nous ouvre les yeux sur une société ghanéenne écartelée entre villes et campagnes, meurtrie par le Sida, la sorcellerie ou la polygamie. L'auteur, Kwei Quartey (prononcer “couaille couartaille”), fils d'une noire américaine et d'un Ghanéen, se révèle être médecin à Pasadena, en Californie. La tête en Amérique, le coeur en Afrique ? J'ai eu envie de comprendre. Après un crochet par son site web, je lui ai adressé quelques questions par e-mail, auxquelles il a pris le temps de répondre entre deux gardes à l'hôpital. Voici la traduction de notre échange…

Quel a été le point de départ d'Epouses et assassins ?
Kwei Quartey. Croyez le ou non, l'idée m'est venue en passant quelques jours à Paris en 2000. A l'époque, j'essayais d'écrire un roman policier se déroulant à LA, mais l'histoire ne fonctionnait pas. Le soir de mon arrivée, avant de ressortir me balader en ville, j'ai regardé un documentaire sur la vie dans les campagnes de Côte d'Ivoire et, dans un moment de grâce, j'ai compris qu'il fallait que je recommence à zéro en situant mon livre en Afrique de l'Ouest.

Pourquoi raconter sous forme policière cette histoire où s'opposent tradition et modernité ?
Les énigmes policières sont mes lectures préférées depuis l'enfance. Je privilégierais ce genre littéraire pour dépeindre n'importe quel aspect de la vie. C'est dans le meurtre que culminent les passions les plus extrêmes : jalousie, haine, colère, luxure et cupidité. Et ce milieu (ndlr. la région du lac Volta) est un cadre parfait pour opposer tradition et modernité. C'est comme une production théâtrale dans laquelle un environnement exceptionnel magnifie le jeu des acteurs sur scène.

Les personnages et les lieux sont-ils totalement imaginaires, ou inspirés par la réalité ?
C'est une fiction avec des personnages inspirés par la réalité. Par exemple, Elizabeth (ndlr. la tante de la victime), qui porte de superbes tenues et se montre farouchement indépendante et entreprenante, est l'incarnation de la mère d'un de mes amis d'enfance au Ghana. Quant aux villages ou localités, même s'ils portent des noms fictifs, ils sont inspirés de lieux réels.

Avez-vous eu besoin de retourner au Ghana pour préparer ce livre ?
Oui, j'y suis retourné en février 2008. Je vis aux Etats-Unis depuis plusieurs dizaines d'années, et je n'avais pas revu le Ghana depuis plus de dix ans. Entre-temps, tant de choses avaient changé et s'étaient modernisées que j'aurais été incapable d'écrire un roman situé de nos jours sans voir tout cela par moi-même. En plus, j'avais besoin de vérifier la topographie des lieux ou le type de végétation dans certaines régions. Ces recherches m'ont permis de mettre à jour ou de corriger pas mal de scènes…

Comment conciliez-vous l'écriture et votre travail de médecin à l'hôpital ?
Les deux se nourrissent l'un de l'autre. Les observations médicales ou médico-légales sont pour moi une seconde nature, faciles à écrire. Et la compréhension des souffrances humaines, auxquelles j'ai un accès de première main en tant que médecin, compte beaucoup pour bâtir une histoire. A l'inverse, écrire tôt le matin est un échauffement mental qui me met en condition pour ma journée à la clinique ou l'hôpital.

Est-ce le premier polar situé au Ghana ?
Je crois me souvenir que “Heat of the Sun” de Maisie Birmingham, publié in 1976, est un polar situé au Ghana. A ma connaissance, Epouses & assassins est le premier à être publié par un éditeur américain.

Votre héros, l'inspecteur Dawson, fume de l'herbe comme un flic américain boirait des bières ou des whiskies…
On a abusé de l'image du détective qui boit trop, au point d'en faire un cliché. Et puis Dawson n'est pas du style à boire. Pour moi, c'est un peu comme s'il existait vraiment, et je ne pourrais pas bosser avec lui s'il se soûlait. D'un autre côté, son penchant pour la marijuana est intéressant parce que c'est illégal au Ghana. Il viole la loi, tout en étant enquêteur de police.

Dawson a une vision très personnelle de l'application de la loi …
Tout en ayant un sens de la justice très poussé, Dawson a tendance à jouer sa propre partition et à se laisser déborder par ses passions. Il se sent conforté par son dégoût pour le mal, mais au point de commettre lui-même des actes peu recommandables. Quel que soit son comportement, il reflète son caractère unique.

Envisagez-vous un autre roman dont il serait le héros ?
Oh oui ! J'adore Dawson, comme sa femme Christine et leur petit Hosiah, et j'ai l'impression que mes lecteurs et moi commençons à peine à le connaître. Il y a tant à faire avec lui…

Epouses & assassins, de Kwei Quartey, Payot Suspense, 352 pages, 22€

La Presse

“Ce polar fidèle aux fondamentaux du genre apporte un vrai bol d'air frais. L'écriture est directe et légère, dépouillée d'artifices, l'histoire charpentée, les personnages bien typés.[…] Un premier roman sans clichés, ni prétention : rare…”
Le Parisien.com

“Loin de tout pittoresque, Quartey dresse un tableau en clair-obscur de la société ghanéenne et nous donne un bon aperçu de la vie quotidienne d'un pays tiraillé entre des pratiques ancestrales et l'avènement d'une certaine modernité. […] Un style direct, léger et sans fioritures stylistiques pour une intrigue policière simple et efficace, des personnages bien campés : […]dépaysant, intéressant et agréable à lire. […] Pourvu qu'on retrouve prochainement Darko Dawson afin de poursuivre cette exploration de la société ghanéenne, microcosme de l'Afrique noire.”
Moisson noire.com

“Une magnifique description de la vie villageoise ghanéenne. Entre polar et récit initiatique, ce roman traite du poids des traditions qui entrave la lutte contre le sida et n'aide pas à l'émancipation des femmes.”
Jeune Afrique

“Un roman policier qui fait la part belle aux femmes, qu'elles soient mères, belles-mères, amantes, épouses soumises ou veuves énergiques. Une (re)découverte de la société ghanéenne, à mille lieues des romans de serial killers et autres polars sanglants.”
Psychologies Magazine

Le Parisien : http://www.leparisien.fr/actualites-informations-direct-videos-parisien
Interview par Philippe Lemaire se trouve à http://blog.leparisien.fr/planete_polars/